FRANKENSTEIN,

OU

LE PROMÉTHÉE MODERNE.

DÉDIÉ A WILLIAM GODWIN,

AUTEUR DE LA JUSTICE POLITIQUE, DE CALEB WILLIAMS, etc.

Par Mme SHELLY, sa nièce.

TRADUIT DE L'ANGLAIS PAR J. S.***

Créateur, t'ai-je demandé de me tirer de
l'argile pour me faire homme? T'ai-je
sollicité de m'arracher du néant?

MILTON, Paradis perdu.

TOME TROISIÈME

PARIS,
CHEZ CORRÉARD, LIBRAIRE
PALAIS ROYAL, GALERIE DE BOIS, N.° 258.
1821

TABLE

CHAPITRE XVII
CHAPITRE XVIII
CHAPITRE XIX
CHAPITRE XX
CHAPITRE XXI
CHAPITRE XXII
CHAPITRE XXIII
SUITE, PAR WALTON


FRANKENSTEIN,
OU
LE PROMÉTHÉE MODERNE.


CHAPITRE XVII

Après mon retour à Genève, les jours et les semaines s'écoulèrentsans que je pusse trouver le courage de recommencer mon ouvrage. Si jene remplissais pas ma promesse envers le démon, j'avais tout àcraindre de sa vengeance; cependant je ne pouvais surmonter l'horreurque m'inspirait l'affreux travail dont j'étais chargé. Je comptaisavoir besoin, pour former une femme, de plusieurs mois d'une étudeprofonde et de recherches pénibles. J'avais entendu parler de quelquesdécouvertes faites par un philosophe anglais, et dont il étaitnécessaire que j'eusse connaissance. Quelquefois je pensais à obtenirle consentement de mon père pour visiter l'Angleterre et m'instruire deces nouvelles découvertes; mais je m'effrayais de toute espèce deretard, et je ne pouvais me résoudre à troubler la tranquillité quicommençait à rentrer dans mon âme. Ma santé, qui jusqu'alors avaitdécliné, était maintenant bien rétablie; et mon courage nes'affermissait pas moins, lorsque je n'avais pas l'esprit frappé par lesouvenir de ma malheureuse promesse. Mon père remarqua ce changementavec plaisir, et chercha le moyen de dissiper ce qui restait de mamélancolie, dont les noirs accès revenaient de temps en temps, ettroublaient le bonheur dont j'étais près de jouir. Dans ces moments jeme renfermais dans la solitude la plus profonde. Je passais desjournées entières sur le lac, dans une barque, seul, silencieux, etindifférent au spectacle des cieux comme au bruit des vagues; mais lavivacité de l'air, et l'éclat du soleil manquaient rarement de merendre quelque tranquillité; et, à mon retour, j'accueillais mes amisavec un sourire plus agréable et un cœur plus gai.

Un jour, au retour d'une de ces promenades, mon père m'appela auprèsde lui, et me parla ainsi:

«Je suis satisfait, mon cher fils, de remarquer que vous avez reprisvos premiers amusements, et que vous semblez revenir à vous-même,quoique vous soyez toujours malheureux, et que vous évitiez encorenotre société. Pendant quelque temps, je me suis perdu en conjecturespour en découvrir la cause; mais hier une idée m'a frappé, et, sielle est fondée, je vous conjure de me l'avouer. La réserve sur cepoint ne serait pas seulement inutile, mais funeste à nous tous».

Cet exorde me fit trembler avec vio

...

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